La compréhension arrive en retard sur le ressenti, comme dans l'écholalie elle-même, où le mot résonne dans le corps avant d'être rattrapé par le sens.
On entre dans un espace plongé dans une semi-obscurité. Tout de suite, les mots arrivent : de derrière, de côté, au-dessus. Des voix humaines, réelles, circulent grâce à un système de diffusion multicanal. Elles ne racontent pas une histoire linéaire : elles répètent, se chevauchent, se répondent.
Sur les murs, des mots apparaissent et se dissolvent. Ils forment des spirales, s'accélèrent, éclatent. Cette boucle mentale que certains connaissent depuis l'enfance, mais que d'autres vont découvrir pour la première fois.
L'installation dure 13 minutes. Elle commence par l'expérience brute du phénomène écholalique et procède à rebours. Les couches de sens se révèlent progressivement : les mots obsédants trouvent peu à peu leur origine dans des fragments de conversations ordinaires, qui montrent comment ils ont été captés, dans quelle bouche, dans quelle région, avec quelle charge émotionnelle. Ce qui semblait arbitraire devient humain, situé, incarné.
La spatialisation du son a été conçue selon une logique précise, inspirée des données de la neuroscience. Le trajet neurologique de la boucle écholalique est transposé dans l'espace sonore : les mots empruntent le faisceau arqué, reliant directement l'aire de Wernicke à l'aire de Broca, court-circuitant le traitement sémantique des zones associatives du lobe frontal.
La musique originale a été composée intuitivement à partir de mots collectés, la matière sonore naissant des mots eux-mêmes. Les effets sonores (reverb, delay, distortion)viennet rappeler la sensation de bulle qui accompagne souvent l'experience neuroatypique dans un monde qui ne la comprend pas . On alterne entre moments de respiration et motifs en spirale, reproduisant soniquement la boucle cérébrale propre au phénomène écholalique.
Composition musicale : YACYNN
Contribution SFX : Khalil Bensid
Dans sa dimension pathologique, Écholalie fait référence au phénomène neurolinguistique de répétition compulsive de mots ou de phrases pronconcées par l'interlocuteur.ice, souvent associé au spectre autistique ou à certains troubles neurologiques.
Mais dans son acception poétique, elle évoque tous ces mots qui tournent en boucle, qui nous habitent malgré nous. C'est depuis cet endroit que Nousnouss B. a construit cette installation.
Ce projet est né du désir, moins d'expliquer que de donner à vivre de l'intérieur cette expérience à celles et ceux qui ne la connaissent pas : transformer le symptôme en chant intérieur.
Les visuels, écrits en code P5.js, sont générés en temps réel. Certains à partir des mots collectés au fil des déplacements de l'artiste. Transcrits, réinjectés dans les compositions génératives. D'autres tracent des formes abstraites en analogie avec les circuits neuronaux. Ils se matérialisent sur les murs de l'espace (sol ou plafond selon la configuration du lieu), réagissent au son et/ou au mouvement.
Ainsi le corps du visiteur devient un paramètre de l'œuvre. Par sa présence, ses déplacements, ses gestes, il influe sur les compositions projetées. Les mots lui collent littéralement à la peau. Il n'est plus seulement témoin de la boucle : il en fait partie.
Dans les années 2000, Elle hésitait entre devenir Jean-Marie Messier ou punk à chien. Désormais, Nousnouss B. se laisse pousser les rêves...
L'un d'eux : raconter des histoires. Pour ce faire, tous les moyens sont bons.Entrepreneure repentie, elle quitte le monde du conseil executif et de l'expérience client après plus d'une décennie pour cèder aux sirènes de la création en 2022 avec Psychopotato Nation. En 2023, elle intègre Room25, résidence d'écriture filmique, puis rejoint le Lab DZ où elle réalise Ça aurait pu être film, sélectionné au LIFT-OFF Global Network 2023 et au FID Campus 2024.
C'est au cours du développement de Mon Oran Rhapsodie, long métrage documentaire où elle traque les échos de l'imaginaire musical légué par son père dans l'Oran contemporain, qu'elle est conduite vers l'exploration du son comme matière première — et vers Écholalie.