Ce travail cinématographique m'a progressivement amenée à m'intéresser de plus en plus au son, non plus seulement comme accompagnement de l'image, mais comme matière première à travailler pour servir le récit.
Cette création marque un tournant dans ma pratique artistique : le passage de l'œil à l'oreille, sans pour autant abandonner mon regard de cinéaste. Au contraire, c'est ce regard qui nourrit mon approche du son, qui se veut narrative, spatiale, attentive aux détails.
Écholalie explore la mémoire sonore des mots dans le corps, leur charge émotive, leurs variations géographiques. Mais aussi et surtout les mots comme objets sonores au-delà du sens.
Le titre Écholalie fait référence au phénomène psycholinguistique de répétition verbale ou mentale involontaire de mots ou de phrases. Dans sa dimension pathologique, l'écholalie désigne cette répétition compulsive souvent associée au spectre autistique ou à certains troubles neurologiques.
Mais dans son acception poétique, elle évoque tous ces mots qui nous habitent, qui tournent en boucle dans nos têtes, qui résonnent malgré nous.
Je suis moi-même sujette à l'écholalie depuis l'enfance. Certains mots s'accrochent, reviennent, insistent. Longtemps, j'y ai vu une bizarrerie. Puis j'ai compris que c'était aussi une manière d'être au monde ; une sensibilité particulière à la musicalité du langage, à sa texture sonore au-delà du sens. Ce projet est né du désir de rendre cette expérience tangible pour celles et ceux qui ne la connaissent pas : transformer le symptôme en chant intérieur.
La pièce est issue de conversations enregistrées avec des artistes venus de divers horizons, porteurs de patois, d'expressions singulières, de dictions particulières. Ces échanges, centrés sur la manière dont les mots changent de sens et de couleur d'une région à l'autre, ont nourri une collecte de mots. Pas pour leur sens d'abord, mais pour leur sonorité, leur étrangeté, leur capacité à résonner.
Je suis logophile et voyageuse. Les mots m'ont toujours fascinée. Non pas comme objets abstraits, mais comme fragments vivants d'identité, traces d'histoires collectives et personnelles.
Depuis la première version présentée en sortie d'atelier à Tlemcen, j'ai poursuivi ma collecte. Les mots continuent de s'accrocher à moi au gré de mes déplacements : Alger, Lisbonne, Sétif, Annaba... Chaque territoire apporte sa couleur, son accent, ses particularités linguistiques.
Cette approche nomade est devenue une méthode : Écholalie n'est pas une œuvre figée, mais un geste qui se répète, se transforme, s'enrichit.
Durée : 10 à 15 minutes
Format : Installation sonore spatialisée
Contrairement à Écholalie première version (5 minutes, format linéaire), cette nouvelle création sera pensée pour une spatialisation sonore plus sophistiquée. Les mots et la musique occuperont l'espace, circulant autour de l'auditeur, créant une immersion physique dans ce paysage mental de mots qui résonnent.
L'installation pourra être présentée dans des espaces d'exposition sous forme d'écoute spatialisée (casques ou système multicanal), permettant au public de vivre de l'intérieur cette expérience d'écholalie.
Écholalie — Une création de Nousnouss B.
Musique : Yacynn
Laboratoire de création documentaire LabDz — Tlemcen, Septembre 2025
Peace, Love & Caféine!
Contact : nousnousstheory@gmail.com